Je suis frappé de voir combien le “en même temps” est trop souvent pris, à tort, pour de l’équilibre.
Le “en même temps”, c’est vouloir en permanence garder toutes les options ouvertes : ne froisser personne, dire oui et non dans la même phrase, entretenir l’ambiguïté, laisser chacun croire que l’on est d’accord avec lui.
C’est aussi refuser de nommer clairement les choses, afin que chacun puisse y projeter ce qu’il veut entendre.
À force, cela devient surtout une manière d’éviter les lignes claires : une prudence excessive, des faux-semblants permanents, qui révèlent au fond une peur d’affronter les vrais sujets.
Cela entretient le flou et ne mène nulle part.
Et lorsque l’arrogance s’y ajoute (celle qui consiste à croire que cette ambiguïté relève d’une forme supérieure d’intelligence), c’est encore pire.
C’est tout un art, mais c’est un art de l’embrouille.
L’équilibre est tout autre chose.
Il suppose au contraire une véritable colonne vertébrale, une intention claire, un langage de vérité (même si cela coûte), et la capacité d’assumer une tension entre deux forces opposées.
Il suppose aussi d’accepter, dans les faits, que certaines valeurs ne soient tout simplement pas négociables. C’est là que se révèle la force d’âme.
Par exemple, si l’on prétend défendre la liberté et soutenir le peuple iranien dans sa quête légitime d’émancipation face à un régime tyrannique, on ne peut pas l’affirmer dans les discours et, dans le même temps, condamner ou neutraliser toute action susceptible de réellement changer les choses.
Les principes n’ont de valeur que lorsqu’ils assument les conséquences qu’ils impliquent. Sans cela, il ne reste que des postures.
Or c’est malheureusement trop souvent le théâtre de toutes les hypocrisies.
Bien sûr, le monde est complexe (et la géopolitique en est une belle illustration), mais la complexité ne devrait jamais servir de refuge à l’ambiguïté.
Car c’est justement parce que tout est complexe qu’il y a un devoir de clarté et d’intégrité.
C’est à ce prix que l’on règle les problèmes de la meilleure manière possible et que l’on se fait respecter.
L’équilibre ne consiste pas à vouloir satisfaire tout le monde, ni à tromper, ni à briller.
Il consiste à être vrai, pleinement ancré et aligné au cœur de la tempête. Cohérent, courageux et responsable.
C’est très différent.
Alors oui, on peut écouter deux points de vue.
Comprendre deux logiques.
Accueillir deux réalités.
Mais à un moment, il faut se tenir debout. Choisir. Et assumer.