La fabrique de la fragilité


J’observe au quotidien une tendance qui me préoccupe : de plus en plus de personnes semblent de moins en moins supporter la contradiction, l’effort, l’attente, l’échec ou l’incertitude. Les engagements s’effritent. Les relations se rompent plus vite et au moindre prétexte. Les émotions prennent le pas sur le discernement. Les corps sont davantage protégés que renforcés. Comme si la moindre difficulté était devenue une injustice, alors qu’elle est la matière première de toute croissance.

Nous avons progressivement remplacé la culture du renforcement par une culture de la protection. Nous cherchons à supprimer les obstacles plutôt qu’à développer la capacité de les surmonter, à éviter les tensions plutôt qu’à apprendre à les affronter, à sécuriser toujours davantage quand nous devrions aussi préparer à affronter le réel. On ne devient pas plus fort parce que le monde est moins exigeant. On le devient parce qu’on apprend à lui résister.

Cette fragilisation ne se limite pas aux individus. Elle touche les organisations, les institutions et jusqu’aux nations. Une société qui ne supporte plus le désaccord, redoute le risque, préfère le confort à l’engagement et confond bienveillance avec absence d’exigence devient inévitablement plus vulnérable.

Le plus préoccupant est peut-être ailleurs : nous avons progressivement remplacé la responsabilité par la recherche de responsables. Les circonstances, les autres, le système… Bien sûr, ils ont leur part. Mais à force de regarder partout sauf en nous-mêmes, nous affaiblissons ce que nous avons de plus précieux : notre capacité à agir.

La résilience ne naît pas du confort. Elle se construit dans l’adversité. La confiance ne vient pas d’une vie sans difficultés, mais de la certitude que nous sommes capables de les surmonter.

La bonne nouvelle, c’est que la solidité se cultive. Elle naît de l’effort, de la responsabilité, de l’entraînement et de la confrontation au réel.

On ne construit pas une société solide en cherchant à supprimer toute résistance. On la construit en formant des femmes et des hommes capables de lui faire face.

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