Ces décisions que personne ne peut prendre à notre place

Septembre 2012, sur la voie du Goûter.

Je grimpe vers le refuge, les cuisses en feu. Jacques, mon guide et ami, me lance : « Il ne faut pas traîner. »
Je voudrais accélérer, mais je n’ai plus de réserve. Gros coup de fatigue après une semaine épuisante. J’aurais dû me ménager.

Jacques me propose alors de monter de son côté avec Fred qui partage notre aventure, puis de redescendre m’aider avec mon sac. Je lui réponds non, pas question. Qu’ils m’attendent là-haut, je vais trouver mon rythme.

Une heure plus tard, j’arrive au refuge, totalement vidé. Et pendant vingt minutes, je tourne en boucle, épuisé, en plein doute : est-ce que je continue à 2h du matin pour tenter le sommet mais risquer de (les) bloquer en chemin ? Ou est-ce que je reste là en acceptant d’abandonner ce rêve ?

Je demande l’avis de Jacques, ne sachant quoi faire ni ce dont je suis capable dans cet état. Il me regarde, sans me répondre. Je le relance, mais toujours pas de réponse. Tout est dit.
Je prends alors conscience que cette décision, personne ne peut la prendre pour moi. Alors je tranche : je continue.

À 2h, malgré l’absence de sommeil qui n’arrange rien, je me lève dans la fraîcheur du dortoir. Mon état d’esprit a totalement changé. Six heures plus tard, nous touchons le sommet. Et je comprends que tout s’est joué dans ce moment-là, dans ce choix intime, confronté à moi-même.

On a tous ces instants où l’on cherche une réponse à l’extérieur, un feu vert, un signe, un conseil. Mais les décisions qui comptent vraiment sont souvent celles que l’on doit prendre seul, avec nos doutes, notre fatigue, nos peurs… et notre courage.

La question est toujours la même :
Quelle est la décision que personne ne peut prendre à votre place aujourd’hui ?

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