Le devoir de décence des leaders face aux peurs

Les leaders ont, me semble-t-il, un devoir de décence face aux peurs légitimes qui s’expriment à travers le monde en cette période de trouble.

Il est assez édifiant d’entendre certains responsables employer à répétition des expressions telles que « le retour du tragique » ou « le pire est à venir ». Il y a là un jeu malsain qui semble consister à entretenir le climat de peur, voire à l’aggraver à travers une rhétorique largement relayée. Or il existe une nuance de taille entre parler vrai et véhiculer la peur. La peur n’est pas un outil à exploiter, elle est une émotion qui se respecte, qu’on peut apaiser et réorienter de manière plus constructive.

Cette attitude qui au contraire l’entretient est indécente si elle est volontaire et interroge sur le leader si elle ne l’est pas. Lorsque les temps sont difficiles et que les peurs s’expriment, un leader doit les entendre, les comprendre. Et surtout, il doit incarner une attitude positive apte à redonner de l’espoir et de la confiance. Si au contraire, son attitude tend à crisper la population voire à saboter le moral (car la peur est contaminante), on peut s’interroger s’il le fait par manque de contrôle ou pour exercer un pouvoir sur les esprits...

Dans le même temps, le leader n’est pas non plus celui qui revendique sans cesse de nous protéger de tout et de tout le monde, cette posture est en effet infantilisante, voire condescendante. Il doit guider mais aussi responsabiliser, réveiller l’ardeur, le courage et la force intérieure qui existent en chaque individu, inspirer, créer la cohésion. Mais répétons-le, ceci est d’abord une affaire d’incarnation, donc d’authenticité et de cohérence.

Le leader doit ainsi favoriser l’autonomie, pas la dépendance, qu’elle soit matérielle, organisationnelle ou encore affective. Il doit rendre plus confiant, plus combatif et non plus fragile, plus inquiet. Si cette intention n’est pas là, peut-on encore parler de leader au sens noble du terme ?

En cela, le choix des mots employés est très révélateur des idées sous-jacentes, on peut déceler les intentions à travers les termes utilisés. En cette ère de communication poussée à l’extrême, il importe d’y voir clair pour ne pas se laisser manipuler ; pour conserver sa liberté de pensée et d’action ; et pour exercer pleinement son sens de la responsabilité en tant qu’adultes. Autant de contrefeux à la peur. Et le leader sort grandi lorsqu’il peut y contribuer au lieu de l’empêcher.

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