S’engager

Vous connaissez sans doute cette expression : “Le cochon dit à la poule : Les oeufs, pour toi, c’est un engagement partiel ; le bacon pour moi, c’est un engagement total…”

Bon, j’admets qu’il y a dans cette illustration (qui a le mérite d’être claire !) une conception très sacrificielle de l’engagement ! Mais sérieusement, ne trouvez-vous pas que l’engagement est aujourd’hui un sujet à remettre d’urgence au cœur de nos préoccupations ?

Pour ma part, je le crois. Profondément. Je dirais même, désespérément… tant le sens de l’engagement semble être devenu l’exception, partout, dans tous les domaines.

Je m’étonne de voir trop souvent à quel point une parole n’en est plus une, une décision peut être remise en question du jour au lendemain sans raison particulière, une poignée de main n’a plus valeur de contrat, surtout face à un bon dossier ficelé et à charge, pour le cas où… C’est dire où nous en sommes en termes de confiance entre les individus !

Ceci me paraît suffisamment préoccupant pour qu’on s’y arrête, car c’est une tendance qui se révèle très préjudiciable : tant pour les individus qui perdent peu à peu en assise, en solidité, en crédibilité, en confiance, en beauté intérieure aussi, que pour les organisations qui voient se profiler toujours plus le délitement de la cohésion sociale. On finirait presque par avoir raison de se méfier de tout le monde, un comble… !

Pourquoi on en est arrivé là trouve matière à explication mais n’est peut-être plus la question à se poser. C’est plutôt comment se réveiller (prendre conscience) et agir pour regagner en fiabilité, en esprit de responsabilité et finalement en maturité qui mérite qu’on s’y penche sérieusement car les enjeux individuels et collectifs sont réels.

Je vous propose 3 pistes de réflexion à ce sujet.

1. Prendre la mesure de ce qu’est un engagement

Un engagement, qu’il soit petit ou grand, qu’il soit verbal, écrit, tacite, n’est jamais neutre. Par définition, il nous engage et laisse des traces. Il est donc important d’avoir conscience de ce que l’on dit ou fait, car cela suscite des attentes légitimes. A moins bien sûr d’être définitivement blasé voire désabusé, qu’il s’agisse de nous-mêmes ou de nos interlocuteurs… Dans ce cas, c’est grave !

Malheureusement, il est devenu fréquent d’annoncer des choses sans leur donner de suite, comme si cela n’avait pas d’importance, de conséquences. « Je t’appelle demain pour te donner l’info », « Je t’envoie tel document sans faute », « Je m’en occupe, fais-moi confiance », « Je suis avec toi, tu peux compter sur mon soutien (indéfectible !) », « J’irai jusqu’au bout… ». Bref, autant de phrases qui paraissent presque anodines et contiennent tant de promesses… Des promesses qui, souvent, ne tiennent pas à l’épreuve de la durée même la plus courte…

Cela signifie-t-il alors qu’elles n’ont aucune valeur ? Certainement pas. Mais plus précisément, elles n’ont de valeur que celle qu’on leur donne nous-mêmes à travers nos actes qui en découlent ou non, c’est aussi simple que cela et c’est là que tout se joue. Ne pas tenir un engagement peut signifier qu’on ne lui donne finalement pas tant d’importance… Alors pourquoi s’engager ?

Notre crédibilité, notre exemplarité se bâtissent d’abord sur notre capacité à prouver que ce que l’on dit correspond à ce que l’on fait et que ce que l’on fait correspond à ce que l’on dit. Et lorsque cela n’est pas possible, alors il est de bon ton d’expliquer pourquoi et l’élégance voudrait également que l’on s’en excuse…

2. Moins, mais mieux !

Lorsqu’on a conscience de ne pas pouvoir tenir un engagement et de bonnes raisons pour que ce soit le cas, il est alors préférable de ne pas s’engager, au moins la déception qui peut en découler (la nôtre et/ou celle de nos interlocuteurs) ne va pas plus loin… C’est clair d’emblée et c’est une forme de discernement.

On a aussi le droit de rectifier le tir en cours de route si de bonnes raisons, là encore, le justifient.

Personne ne nous demande (ou ne devrait nous demander) de nous engager tout le temps et sur tout, il est même essentiel de savoir faire des choix qui nous correspondent, nous enthousiasment, nous valorisent. Faisons peut-être moins, mais faisons mieux, surtout à une époque où tout va très vite, trop vite ! C’est une question de cohérence, d’alignement et aussi de respect vis-à-vis de soi et de notre environnement.

En outre, notre capacité à nous engager quand nous le décidons et à honorer nos engagements est une vraie source de satisfaction et d’estime de soi, pas la seule bien sûr, mais elle est réelle. Là encore, « ce que je dis, je le fais et quand je l’ai fait, je m’en réjouis ! ».

3. S’engager = faire des choix, surmonter ses peurs mais aussi, prendre du plaisir !

L’engagement peut faire peur et c’est naturel. Il y a là, sur certains sujets, comme un saut dans l’inconnu qui peut donner le vertige et nous met face à nous-mêmes.

Qui dit engagement dit prise de risque, mais sans prise de risque, la vie ne devient-elle pas rapidement terne… ?

S’engager dans la vie, dans le travail, dans la relation, dans un projet ou dans quoi que ce soit revient à s’entraîner à faire des choix (prendre du temps pour…, dire oui à… donc non à…), à prendre des décisions et les assumer, à repousser aussi peu à peu nos limites : peut-être d’abord à travers des petits engagements puis des plus grands… (à chacun les siens !).

Mais avant de s’engager, il est important de s’assurer que l’objectif de cet engagement a du sens et le garde, qu’il soit productif et le reste. Dans le cas contraire, il finit par se vider de sa substance et peut alors être légitimement remis en question.

Il faut aussi avoir en tête qu’un engagement doit nous donner du plaisir ; si je m’engage à aider quelqu’un, j’y mets de l’énergie mais j’y trouve aussi du plaisir. Il y a une certaine façon de se vendre à soi-même cet engagement. S’il représente une contrainte sur toute la ligne, c’est qu’il n’a peut-être pas de sens réel à nos yeux…

Soyons donc conscients que le meilleur engagement est celui qui a un véritable sens pour nous, qui respecte nos valeurs, et qui stimule en nous une véritable envie de le prendre !

Et comme l’engagement est beaucoup une affaire d’émotions et de générosité, je vous invite à prendre 3 minutes pour découvrir cette vidéo qui en donne une belle image 🙂 :

Commenting area

  1. Bonjour Eric, oui, c’est un sujet qui laisse songeur… Il y a quelques mois j’ai parlé devant une septantaine d’entrepreneurs et de DRH à Delémont en Suisse. Il y était initialement question du manque d’innovation des entreprises, ce qui m’a fait sauter à pieds joints dans l’innovation vs. engagement, qui est à mon sens très lié, voici le handout : https://www.haikudeck.com/p/eb72ccfb65 comme complément d’information. Même s’il s’agit ici plus d’engagement collectif, il démontre cependant ou le bât blesse… et, comme ton excellent article le souligne, il est plus que temps pour se reprendre et avancer de manière plus responsable et engagé. A ce sujet, un autre article, qui pourrait amener de l’eau au moulin et à la réflexion : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paresse_sociale. Je pourrais en joindre plusieurs autres, comme je le disais : un sujet qui laisse songeur et est sans fin. Bonne continuation à toi et à ton équilibre, tellement important. Qui sait, peut-être à un de ces jours.

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